Tous les matins du monde – Pascal Quignard

11 novembre 2015

Lectures

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Tous les matins du monde est un roman écrit par Pascal Quignard et publié en 1991.

I/ Résumé

 Au printemps 1650, Madame de Sainte Colombe meurt, laissant son mari seul avec leurs deux petites filles, Madeleine et Toinette. Afin d’accroître ses revenus, Monsieur de Sainte Colombe donne des cours de viole (instrument de musique à cordes qu’on frotte avec un archet). Il se plonge dans la musique pour oublier la mort de son épouse. Il travaille seul dans une cabane et perfectionne son instrument à tel point qu’il peut « imiter toutes les inflexions de la voix humaine ». Monsieur de Sainte Colombe vit retiré du monde. Il ne parle pas, sauf à ses deux amis, Claude Lancelot et Baugin. C’est Guignotte, la cuisinière, qui s’occupe des deux fillettes. Lorsque Madeleine en atteint l’âge, Sainte Colombe lui apprend la viole, ce qui provoque la jalousie de sa petite sœur. Quelque temps plus tard, le père offre une viole à la plus jeune. Ils organisent alors des concerts à 3 violes qui connaissent un succès croissant. Leur succès est tel que le Roi lui-même souhaite les entendre. Ce dernier envoie son joueur attitré de viole, Monsieur Caignet, pour inviter le musicien à la cour. Mais Sainte-Colombe refuse et se présente lui-même comme un « sauvage » qui n’a pas sa place à la cour. Caignet insiste, sans succès, et rapporte la réponse au Roi. Mécontent de ce refus, le Roi renvoie Caignet, accompagné de l’abbé Mathieu, chez Sainte Colombe. L’abbé se montre dur : il dit au musicien que son don lui vient de Dieu et qu’il ne peut le cacher. Mais Sainte Colombe ne se laisse pas impressionner et répond avec force à l’abbé. Une dispute violente naît entre les deux hommes.

Pendant plusieurs années, le père et ses deux filles connaissent la tranquillité et continuent leurs concerts, mais de manière plus discrète. Madeleine et Toinette deviennent des jeunes femmes. Une nuit, alors qu’il joue le morceau composé à la mort de son épouse, Sainte-Colombe voit le fantôme de sa femme. Son épouse lui rend par la suite d’autres visites.

Le jeune Marin Marais demande à Sainte Colombe qu’il le prenne comme élève. Après avoir été chassé d’une chorale parce que sa voix avait changé, il éprouve une grande honte et veut faire de la musique pour venger sa voix perdue. Sainte Colombe le traite avec rudesse, mais lui dit de revenir un mois plus tard. Troublé par la visite de Marais, Sainte Colombe voit à nouveau le fantôme de son épouse. Lorsque Marais revient, Sainte Colombe l’accepte comme élève et analyse sa manière de jouer : sa technique est bonne, mais ce n’est pas de la musique. Malgré la rudesse de l’hiver, maître et élève continuent les leçons. Un jour, alors que Sainte Colombe veut aller rendre visite au peintre Baugin, en chemin, il fait à Marais un cours sur la musique et le vent. Arrivés à l’atelier de Baugin, la leçon continue Sainte Colombe lui fait écouter « le son que rend le pinceau ». Alors qu’ils reprennent la route, Sainte Colombe s’interroge sur les liens qui unissent la musique et le silence. Sainte Colombe est furieux car Marais a joué devant le Roi. De rage, il brise l’instrument de son élève et le défend de revenir. Madeleine console Marais, elle lui promet de lui enseigner tout ce qu’elle sait. L’été 1676, Marais est engagé comme « musicien du roi ».

Marais vient souvent chez Sainte Colombe pour l’écouter en cachette puis devient amant de Madeleine avant de rompre avec elle. Plus tard, celle-ci se suicidera. Le roman s’achève sur la dernière leçon de Marais, avant la mort de Sainte Colombe.

 

II/ Petite analyse

Tous les matins du monde n’est pas simplement qu’un roman moyenâgeux, c’est un conte musical arpentant les thèmes du désir, de la passion, de l’amour et de la parole à travers la vie d’une modeste famille joueuse de viole. La passion qu’a Monsieur de Sainte Colombe pour la musique est au cœur du roman et fait de lui un musicien prêt à mourir pour son instrument, colérique, violent et renfrogné, le poussant même à refuser sa place à la cour du roi : «  Je préfère mes vêtements de drap à vos perruques in-folio. Je préfère mes poules aux violons du roi […] ». Mais son art est perturbé par l’apparition fantomatique de feue sa femme qui, dans des apparitions nocturnes, lui reprochera d’avoir négligé la parole au profit de ses mélodies. Et Monsieur de Sainte Colombe d’ajouter cependant que «  la musique est simplement là pour parler de ce dont la parole ne peut parler ». Le roman fait se confronter la musique de la viole, le silence de la maison endeuillée et les paroles éventées de Monsieur de Sainte Colombe au fantôme de sa femme.

« Tous les matins du monde sont sans retour » et le passé gagne inexorablement le présent dans le conte et ce dans l’amertume de doux souvenirs, comme ceux de feue Madame de Sainte Colombe ou de l’idylle de Madeleine et de Marin Marais. Les personnages s’adonnent à une mélancolie des jours passés, entraînant par exemple le dépérissement de Madeleine ou le silence de Monsieur de Sainte Colombe. Mais ce dernier, sentant proche sa fin, aura finalement l’audace de partager ses connaissances avec Marin Marais, son ancien élève, et de laisser sa parole s’exprimer.

Bref, Tous les matins du monde est un court roman passionnant et mélodieux, mêlant l’inexorable fuite du temps et le désir de renaissance d’un artiste mélancolique. 

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